vendredi 30 décembre 2022

Triste lyrisme

Mon monde, si gris. Si seule. 
Aigrie.

Qui va réchauffer mon foyer ?

Je me sens si seule.
Si triste.

J'aimerais qu'on s'intéresse à moi.
Mais comment faire ?

J'aimerais avoir des amis, des passions.
Plus rien ne m'anime.
Tout est gris.

Je n'ai même pas froid.
Je ne suis pas à plaindre.
J'ai tout ce qu'on voudrait.

Mais ma vie est vide.
Vide à en crever.

Et tout le monde s'en fout.

A quoi bon crier à l'aide ?
C'est un aveu de faiblesse.

Je me sens si seule. Si fragile.

J'ai l'impression de m'être battue, toute ma vie.
Et je n'y arriverai jamais.
Je ne serai jamais comme on voudrait.

Cassée en deux, usée.
Je veux du repos.
De l'attention.
Un peu de chaleur.

Un peu de rouge dans mon chagrin.


De pauvres âmes sous un soleil blaffard qui n'a jamais connu la beauté. 

mardi 15 novembre 2022

 Ce constat incroyable, inattendu, inespéré : depuis quelques jours, j'ai du temps.

J'ai du temps pour lire, pour regarder des documentaires, du temps pour faire des loisirs créatifs, du temps pour me poser et réfléchir.

Ca fait un mois que je suis dans ma nouvelle entreprise et je commence à trouver un rythme. J'ai ma place. Je comprends ce que l'on attend de moi. Je m'entends bien avec mes collègues. Tout roule ou presque. Parfois, je m'interroge mais dans l'ensemble, le bilan est plutôt positif.

Je commence à me dire que j'ai des qualités : je suis travailleuse, investie, force de proposition. Je suis curieuse, j'aime apprendre et apprends vite. Je suis pragmatique. J'aime que les choses avancent. Je suis perfectionniste et je commence à peine à trouver un équilibre.

J'aimerais me vider la tête en dédiant mon temps libre à un loisir créatif. Qu'est-ce que je pourrais créer ? A quoi est-ce que je pourrais dédier ce temps que j'ai la chance d'avoir les jours où je ne cours pas ?

J'ai avancé. Je ne suis plus en quête d'amour. Je ne cherche plus à être appréciée de tous. Je n'ai pas le sentiment de ne pas avoir d'amis. Je suis consciente que le temps est passé et qu'on a tous notre chemin. On se croise de temps en temps mais on ne peut pas vivre ensemble. C'est la vie. 


Fermer le livre, tourner la page

 Hier matin, j'ai supprimé les comptes LinkedIn qu'on utilisait dans mon entreprise. 

Ca m'a fait un bien fou. Je n'ai plus cette pollution visuelle à chaque fois que j'ouvre un onglet.

Je ne vois plus N., N., A., P., R., D., M. ... à chaque fois je rentre chez moi le soir et que je veux regarder une vidéo pour me détendre.

J'avais été assez choquée de voir mes comptes Pipedrive, Google... supprimés le soir même de mon départ. Alors que théoriquement, j'étais (et suis toujours) en congés. J'ai trouvé ça brutal, je me suis sentie mise à la porte. Je crois qu'ils avaient hâte de se débarasser de moi. C'est peut-être une histoire que je me raconte mais je pense qu'il y a un fond de vérité dans mon ressenti. 

Je me sens libre, débarassée. 

Tous ces sentiments, de révolte, de rancoeur, de mal-être se sont dissipés en supprimant ces comptes de mon existence. Plus rien ne me rattache à eux, je peux commencer ma nouvelle vie. 

Mon ordi est à moi.  Mon téléphone sera personnel. Je ne recevrais plus d'appels en dehors de mes heures de travail. Je ne serai pas harcelée par des numéros inconnus. Je pourrais respirer.



jeudi 29 septembre 2022

Parlons du Small Talk

     Apéro avec les collègues. Quelques boissons alcoolisées. Des discussions banales. Mon frère-ci, ma soeur-ça. Et moi, quand j'étais en stage... et ma chef-ci, et mon enfant-ça...

    Observatrice silencieuse, j'admire ces gens qui arrivent à faire la discussion, à trouver des choses à dire, à nourrir la conversation. J'en suis totalement incapable. Au plus profond de moi, j'ai la certitude que tout ce qui me concerne n'est pas intéressant. Je pense que cela vient de l'éducation. On m'a toujours dit "mange et tais-toi". Je crois que j'en ai gardé l'habitude. 

  Il y a ça et puis aussi la certitude que ces conversations ne mènent à rien. Ce ne sont pas des sujets intéressants, élevés... Ils ne m'apprennent rien, ne m'élèvent pas. Ce sont des gens normaux qui échangent des banalités. Moi, je ne suis pas normale, je ne l'ai jamais été. J'essaie de le devenir mais je sais au fond de moi que je n'arriverai jamais au niveau de ceux qui ont eu une "famille normale", des parents aimants, des frères et soeurs, un jardin, une piscine, un chien. Toutes les vies ont leur lot de difficultés mais certaines sont plus marquantes que d'autres. 

    Au collège, au lycée, j'étais convaincue que les autres valaient mieux que moi. Ils étaient plus beaux, plus populaires, plus intéressants. Et j'étais terriblement jalouse de leur vie. J'avais honte de la mienne. Honte d'être moi, de ma mère, de vivre à moitié chez mes grand-parents. Il y avait une sorte de secret autour de mon existence : il ne fallait pas le dire, pas en parler, avoir l'air le plus normal possible. J'aurais aimé être comme eux, avoir confiance en moi, marcher avec assurance, faire des blagues un peu nazes mais il fallait que je reste à ma place. C'est-à-dire dans un coin sans trop de lumière. Je ne devais pas me faire remarquer. Ramener des bonnes notes et me taire, ne pas rayer la table, ne pas faire de bruit, faire mes devoirs et attendre que le temps passe. Déranger le moins possible. C'est devenu une obsession pour moi : pendant longtemps, j'avais peur de Déranger. J'avais toujours l'impression d'être de trop. Je me sentais presque obligée de m'excuser d'exister. 

    Finalement, dix, vingt ans après, j'ai l'impression d'avoir évolué, mais pas tant que ça. Avec les élèves, j'ai compris qu'il fallait s'imposer. Que parfois, il fallait déranger les gens pour leur bien. Je ne pouvais pas les laisser faire ce qu'ils voulaient, ils avaient besoin de cadre pour se construire. Le droit d'être "moi" est une conséquence du devoir de faire régner l'ordre. 

    En cherchant une école, pour ma reconversion, j'ai découvert qu'on n'avait rien par la vertu de son seul mérite, de ses bonnes actions, de ses bonnes notes. Il faut se battre, montrer son envie, sa motivation. Il faut se mettre en valeur, avoir confiance en soi, faire preuve de culot. Grâce à l'énergie du désespoir, je me suis transcendée et ai intégré cette école où j'étais totalement inadaptée... Quelque soit l'endroit, j'ai toujours été en décalage, j'ai toujours eu du mal à trouver ma place... Maintenant, je marche sur des oeufs, je ne sais pas quoi dire. Est-ce qu'il faut être honnète ? Dire que j'ai quitté l'Education Nationale suite à deux burn-out ? Est-ce qu'il faut raconter des histoires ? Parler d'envie d'évolution, de perspectives de carrière... Je ne sais pas à qui je peux faire confiance et je reste sur mes gardes. Qu'est-ce que je dois raconter ? Quand je parle du fait que je vis dans la maison de mon compagnon, les gens tiquent et me voient comme une privilégiée. Je le suis sans doute, mais jai du mal à percevoir les choses ainsi parce que je vis sur le terrain de ma belle-mère et que j'ai parfois du mal  à me sentir chez moi. Qui dois-je être ? Répondre à ces questions est trop compliqué et je préfère laisser les autres monopoliser la parole, en espérant qu'ils s'intéresseront à moi.   

  Alors peut-être que je me pose trop de questions et qu'il faut juste faire cesser les voix dans ma tête. 

Foncer, dire des choses, ne pas se prendre au sérieux, être positif, avoir confiance en soi.

Vaincre la peur. 
Ne pas craindre de dire un mot de trop, un mot de travers.
Ne pas se prendre au sérieux, s'en foutre, avoir confiance.

Mais certains situations s'y prêtent plus que d'autres. On l'a vu au boulot avec M. : il peut parler car il est en CDI, n'a pas peur de perdre son poste, il sait qu'il en retrouvera un facilement. N. peut faire des blagues, car c'est le chouchou de la direction. Il sera toujours plus important que nous, les alternants, les moins que rien. 

Il faut que je prenne confiance en moi, que j'existe, que je m'affirme. J'ai le droit d'exister, mes histoires valent autant que celles des autres. Si elles n'intéressent pas mes interlocuteurs, tant pis, il faut juste trouver d'autres personnes à qui les raconter. Elles ne seront pas nombreuses mais mieux vaut privélégier la qualité.


lundi 26 septembre 2022

La fin d'un monde

Pourquoi est-ce que cela m'atteint autant ?
Pourquoi est-ce si dur de quitter ce monde empoisonné ? 
La vie n'est pas tranchée. Il y a du bon et du mauvais. 

Malgré tout, j'aime les gens. Et j'aimerais qu'ils fassent de même en retour. J'ai besoin d'être appréciée, estimée mais il faut que j'arrête de chercher cela dans mon travail. Mes chefs, mes collègues n'ont pas besoin de m'aimer pour ma gentillesse, ma bienveillance, mon sérieux, ma bonne volonté. Ils n'ont pas à me comprendre ni à me ménager. Je suis Adulte. Je dois comprendre qu'ils font tourner leur business, qu'ils s'intéressent à leurs chiffres, à ceux qui restent. Moi, je ne fais pas partie de la famille, je n'ai jamais vraiment été acceptée. Peut-être est-ce en partie de ma faute. J'ai toujours été méfiante, sur mes gardes. J'attendais plus d'eux. En vain. Et même sans rien recevoir, je continuais à donner, en pure perte. En espérant, un signe, un mot, un clignement de paupière ou une miette de reconnaissance. Quelquechose qui me distingue, m'élève. 

Oui, on peut dire que mon âme a la conscience tranquille, elle peut se raccrocher à la satisfaction du travail bien fait... mais mon coeur, triste et esseulé, a besoin d'être consolé. 

A quoi bon être estimée par des vautours ? 

Pourquoi ne pas choisir de lire la reconnaissance dans les yeux de ceux qui, comme moi, ne comptent pas ? Ils ont appris à me connaitre. Ils ont vu comment je travaillais. Il y a eu des hauts et des bas mais nous les avons surmontés avec maturité et élégance. Notre relation s'en est trouvée grandie et finalement, je les quitte à regret. Témoins de toute l'histoire, ils se sont forgés leur vérité et j'espère qu'ils me raconterons la suite des aventures que je ne vivrais plus. 

***

« Qu’était-ce ? On aurait dit un phare. Mais non, c’était dans son cerveau, cette éblouissante lumière blanche. Elle brillait de plus en plus resplendissante. Il y eut un long grondement, et il lui sembla glisser sur une interminable pente. Et, tout au fond, il sombra dans la nuit. Ça, il le sut encore : il avait sombré dans la nuit. Et au moment même où il le sut, il cessa de le savoir. »

Jack London, Martin Eden      


vendredi 23 septembre 2022

Passé effiloché

 Je perdais mon temps, comme seuls les individus à la croisée des chemins peuvent prendre le temps de le perdre. 

J'errai sur internet en quête de nouveaux outils pour impressionner mes futurs collègues : optimisation des onglets, suivi de lecture des mails, to do list reliées à Google Agenda, CRM intégré dans ma boite mail, Airtable, Trello, Notion... Tout en me disant que le monde avait bien changé, qu'aujourd'hui la poésie se retrouvait dans les campagnes marketing, je me suis prise à songer à un avenir bien différent fait de sport, de réussite, de primes, de reconnaissance et de succès... 

Jusqu'à ce que je tombe nez à nez avec des morceaux de passé. Des petits bouts de brouillon de mails, effilochés, restés sagement archivés sur Gmail pendant des années. Ce sont les titres qui m'ont d'abord frappée : "Continuons nos romans", "Pour répondre à ton roman", "Grammaire et stylistique", "Cours de littérature : Télémaque"... Il y avait même un mail adressé à Camille et un autre à Ludwig (des camarades de prépa) un autre à Mathieu, du lycée. Ca fait quoi ? Plus de dix ans maintenant... 

Sans m'y attendre, je me suis pris cette bouffée de passé en pleine figure et j'ai eu envie d'être à nouveau celle que j'étais. Comme si je m'étais perdue et, qu'en un instant, je m'étais retrouvée. Immédiatement, le besoin d'écrire s'est imposé. Pour renouer avec moi-même. Pour avancer et marquer d'une croix blanche ce nouveau jalon de mon existence. 

Et cette certitude qui s'est imposée à moi : j'ai besoin de respirer, de me retrouver. D'exister pour ce que je suis à l'intérieur. Pas mon travail, pas mon couple pas mes vêtements, pas mon maquillage, ni mon physique. Non, seulement mes mots et mes idées. Me fondre dans le silence du monde et redevenir un être de pensée. 

C'est ainsi que commencent les premières pages du reste de ma vie. 


***


" La grandeur de l'art véritable, au contraire, de celui que M. de Norpois eût appelé un jeu de dilettante, c'était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d'épaisseur et d'imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue, et qui est tout simplement notre vie. La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature ; cette vie qui, en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas, parce qu'ils ne cherchent pas à l'éclaircir. Et ainsi leur passé est encombré d'innombrables clichés qui restent inutiles parce que l'intelligence ne les a pas “ développés ”. Notre vie, et aussi la vie des autres ; car le style pour l'écrivain, aussi bien que la couleur pour le peintre, est une question non de technique mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients, de la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre, et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et, autant qu'il y a d'artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l'infini et, bien des siècles après qu'est éteint le foyer dont il émanait, qu'il s'appelât Rembrandt ou Ver Meer, nous envoient encore leur rayon spécial. " 

Proust, Le Temps retrouvé